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Témoignages

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13.02.2020

Marie

Marie Filiatrault

J’ai un trouble de la personnalité limite depuis 2011. Ça a commencé à 18 ans. Je revenais d’un séjour de plusieurs mois à la campagne, toute seule, isolée. Je sortais d’une dépression d’adolescence. Je suis revenue à Montréal en me sentant super bien, je mangeais bien, je prenais soin de moi, je me sentais en bonne santé mentale et physique. Après quelques mois, j’ai recommencé à avoir une vie sociale, mais j’allais vers des gens qui étaient toxiques pour moi. J’ai ensuite vécu une agression sexuelle... Après coup, j’ai commencé à me faire du mal avec des couteaux. Je buvais beaucoup, je ne mangeais plus et j’ai coupé les ponts avec mes parents. Je n’avais même pas le temps de m’arrêter pour me demander ce qui n’allait pas, si c’était normal que je vive tout ça. Dans ma tête, j’avais une faible estime de moi, c’était donc normal que je détruise tout le monde autour de moi.

Un an et demi plus tard, mon copain de l’époque m’a convaincue d’aller au CLSC. J’ai rencontré une travailleuse sociale, je lui ai raconté ce qui se passait et trois semaines plus tard j’étais en thérapie. J’ai passé 10 mois avec elle. Ça m’a beaucoup aidée, parce que c’était la première personne qui, me semblait-il, prenait le temps de m’écouter et qui ne me jugeait pas. Qu’elle reconnaisse une valeur en moi, c’était complètement nouveau. En 2015, j’ai eu ma première médication, des antidépresseurs qui me vont toujours bien aujourd’hui et que je diminue progressivement. Suite à beaucoup de chaos et de honte, depuis 2 ans, j’accepte pleinement mon trouble et je me sens beaucoup plus sécure. J’ai une hypersensibilité qui est encore très présente aujourd’hui, mais je la vis autrement… j’ose la vivre davantage. Oui des fois c’est difficile, des fois c’est trop, mais d’accepter cette vulnérabilité-là et de voir qu’elle a des forces, que ce soit dans des projets artistiques ou avec des gens, c’est venu rehausser mon estime de moi et me rendre belle à mes yeux.

Ce que je réalise aussi, c'est qu'avec le travail et le temps, c'est possible de guérir, en partie. Et même si certains symptômes restent, d’accepter que c’est une contrainte comme une autre, comme n'importe quelle personne qui a un trouble physique, par exemple, ça fait toute la différence. J'ai beaucoup d'émotions et de fragilités à gérer au quotidien, mais, au final, ce sont elles qui m'ont poussée à me dépasser, à m'écouter et à vivre, de plus en plus, à ma façon.

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