Artboard Created with Sketch.

Témoignages

976474152758342

24.11.2020

Sophie

127159645 976457076093383 7600960322597261950 o

En octobre dernier, Sophie Grégoire Trudeau nous a approchées après avoir entendu parler d’Humain Avant Tout. Elle nous a fait part de son désir de contribuer à notre cause en nous partageant son histoire. Quelques semaines plus tard, nous l’avons rencontrée dans un parc à Ottawa (en respectant les mesures de distanciation sociale). Pendant une heure, cette femme inspirante m’a raconté avec une grande sensibilité ce qu’elle avait traversé comme épreuves. Nous sommes touchées qu’une personne influente respectée des Québécois.e.s prenne la parole pour montrer qu’il n’y a aucune honte à parler de santé mentale et que nous sommes tou.te.s humain.e.s avant tout. Nous espérons sincèrement que son témoignage incitera les gens qui en ressentent le besoin à parler de leur souffrance et à demander de l’aide. Nous sommes énormément reconnaissantes pour sa générosité.

Je me souviens du moment où je n'étais plus capable de souffrir toute seule. J'ai appelé ma mère, j'étais dans mon lit et je tremblais. J'avais décidé que je ne voulais plus me faire mal, je n'étais plus capable. Il y avait trop de tristesse qui était prise dans mon cœur et une accumulation de trop-plein. Et dès le moment où j'ai dit “maman”, je venais de faire un premier pas vers la guérison. Demander de l'aide, ça a changé ma vie. Je me souviens d'avoir eu honte de souffrir de boulimie.

À l'adolescence, je vivais de l'anxiété de ne pas pouvoir tout contrôler et un désir de plaire et d'être aimée. L'obsession de l'apparence était présente. Je savais exactement de quoi je souffrais, j'avais lu là-dessus. Je me souviens d'avoir souffert en silence et de m'être souvent cachée pour me faire vomir. J'ai eu des épisodes d’anorexie avec des épisodes de boulimie. Quand j’avais faim, j’avais un désir de me fournir l'énergie dont j'avais besoin, mais il y avait toujours une culpabilité. Cette culpabilité-là était liée à de l'anxiété et de la tristesse et la seule manière que je pouvais contrôler ça, c'était de rejeter la nourriture que je venais de mettre dans mon corps. Chaque fois, je me disais que ce serait la dernière. Puis, je recommençais et je me disais “ben voyons, comment ça t'as pas le contrôle ?”. La culpabilité revenait encore, tout le temps. Le sport, je dirais que ça m'a sauvée. J'ai eu un père qui m'a poussée vers ça. Ça me gardait en forme mentalement et physiquement.

Une chose importante à savoir sur les désordres alimentaires c'est que la nourriture c'est un des symptômes, mais le mal est en dessous. J'ai toujours eu une hypersensibilité à la souffrance des autres. C'est impossible d'avoir une vie sans souffrance, mais on peut aller chercher de l’aide et apprendre à composer avec ça. D'où l’importance de l'éducation en santé mentale qui peut se faire dans les écoles c'est certain, mais ça peut aussi se faire entre nous. Je souhaite qu’on construise un filet social, que je compare à un gros hamac, où les gens qui souffrent pourraient se reposer et être acceptés tels qu’ils sont, sans jugement. Je trouve qu'on se ressemble vraiment plus que ce que l’on pense à travers nos moments de souffrance. Je crois aussi que ça veut dire que notre guérison dépend beaucoup de notre humanité les uns envers les autres.

Vous avez aimé ?

  • Afficher les commentaires